(évoquée par JF
THIBOUT)
Mon coup de foudre pour
la musique de Hansi remonte à 1970 . Étant bien loin de pouvoir me déplacer
par mes propres moyens puisque pas encore, et de beaucoup, en âge de
conduire, cela limitait considérablement les possibilités de voir Hansi
en concert. En outre, ce genre d'évènement, pour ne rien faciliter, ne
s'opérait jamais en France si ce n'est à son extrême est, et encore
fallait-il le savoir. Heureusement, ma passion avait également contaminé
la famille. Aussi, ayant la chance de passer chaque année en Allemagne
pour nous rendre en vacances au Tyrol, en négociant bien, j'arrivais à
obtenir un détour par l'office du tourisme d'Allemagne, implanté à l'époque
place de l'Opéra à Paris. Chaque fois, on m'y répondait très
courtoisement ne pas savoir si des spectacles de mon idole étaient
attendus outre-Rhin. Alors, pendant des années, j'ai rêvé de concerts
en écoutant les disques et en faisant fonctionner mon imagination à
partir des pochettes. Délicieuse époque malgré tout.
Dix ans se passèrent ainsi jusqu'à ce jour de fin septembre '80 où tout
bascula. En ce temps-là, on avait encore la chance d'avoir même en
petite ville de province des disquaires, commerçants spécialisés,
connaisseurs et conseillers. Le hasard avait bien fait les choses quand il
envoya dans notre bonne ville un de ces artisans, aujourd'hui disparus,
ouvrir une boutique, le brave homme se trouvant être un passionné de
Hansi. Heureuse fortune qui me permit pendant des années de me constituer
une discothèque de qualité, dans la limite hélàs de l'argent de poche
d'un adolescent, mais à un moment où trouver les albums de Hansi en
France relevait du parcours du combattant (il paraît qu'en nombre de régions
ça n'a guère changé... ).
Bref, je me souviendrai longtemps de cet instant où il me dit avoir
entendu un bruit par son représentant Polydor selon lequel il se pourrait
que James Last vienne prochainement à Paris pour y donner un concert.
J'entrepris aussitôt un périple dans la capitale pour y faire le tour
des salles, et notamment au Palais des Congrès, endroit qui me semblait
potentiellement digne d'accueillir un artiste de cette envergure.
La scène se déroule en fin d'après-midi, le lundi 22 septembre 1980.
Sur le fronton de la salle de la Porte Maillot, pas une affiche, pas un
calicot parlant de Hansi, mais tout l'arsenal de promo pour le futur
spectacle de Michel Sardou. J'entre quand même, à tout hasard et, à la
réservation, pose bêtement la question de savoir si James Last jouera là
prochainement. "James qui?", me demande t-on de préciser. Bon
laissez tomber. Le bruit en question ne devait pas être totalement fondé,
ou alors ce n'est pas pour tout de suite. Deux jours plus tard, un coup de
fil me sort de mon désespoir. Mon ami disquaire a des précisions à
m'apporter : "C'est pour après-demain!" Sans même réfléchir
si je peux être libre ce soir-là, je fonce à toute vitesse à l'agence
de voyage la plus proche demander une réservation "la meilleure
possible à n'importe quel prix".
Toute première fois
Et ce vendredi 26 septembre 1980, à 21 heures précises, je vivrai un des
moments les plus émouvants de ma vie. Pour la première fois, je vois là,
à quelques mètres, celui qui depuis dix ans anime tous mes rêves.
Aujourd'hui encore, ce concert a un côté quelque peu irréel. Mais ce
fut un tel choc que son souvenir est intact dans ma mémoire. Je n'avais
pourtant pas pris de note, trop accaparé par la magie du spectacle et ne
pensant nullement un jour créer ce Club. Mais je me souviens parfaitement
de Hansi dans son costume bleu tout brillant, du synchronisme fabuleux de
Barry Reeves aux percussions dans 'Knock on wood", du salut amical de
Hansi à Mireille Mathieu présente parmi les spectacteurs pour
l'applaudir, de ma première "James Last Party" déjà au pied
de la scène, du regard envieux porté aux badges à l'effigie de Hansi
qu'arboraient fièrement les membres du Club anglais ayant fait le voyage,
de l'affichette dédicacée à la sortie des artistes, du chemin de l'hôtel
indiqué à Benny Bendorff perdu dans les couloirs menant à l'hôtel
Concorde Lafayette et tant d'autres images indélébiles.
Le lendemain, je me réveillais
quelque peu chancelant, me demandant si j'avais une fois encore rêvé.
Mais le billet avec plein de texte en français autour du nom de James
Last attestait bien du contraire. Les mois qui suivirent furent agrémentés
de documentations reçues de temps à autre de la part de Polydor dont un
stagiaire avait lancé l'idée, dans l'euphorie de cet unique concert, de
fonder un fan-club en France. Hélàs, le stage en question se termina un
jour et l'idée s'en arrêta là. La longue traque solitaire des
informations reprit alors.
Ce n'est que plus tard que
je saurai avoir bêtement manqué, faute d'information, les concerts
alsaciens de 1982. En février '83, je passais déjà un peu plus près
d'un concert à Munich. Mais encore à côté, ce qui provoqua une grande
colère qui déclencha tout... et qui fait que je suis aujourd'hui en
train d'évoquer toutes ces années. Cette histoire, par laquelle tout a
vraiment commencé, vous la connaissez sans doute déjà et je l'avais évoquée
en détail dans le magazine n°20 de notre cinquième anniversaire. Je ne
me lasse nullement de la raconter, bien au contraire, car toute la suite
en découle. Mais justement, il s'est passé tellement de choses depuis,
il y a tellement à dire qu'à regret je fais l'impasse sur le sujet pour
vite enchaîner avec la suite. Mais si vous voulez encore l'entendre, n'hésitez
pas à me demander de vous la raconter. Je le ferai avec plaisir.
De cette révolte contre le mauvais sort naquit donc l'idée de fonder une
chaîne d'amis visant à mettre en commun les informations dont pourraient
avoir connaissance les uns et les autres. Pour ma part, j'étais assez
bien dans le coup en ce qui concernait les nouveautés grâce à mon
sympathique disquaire. Restait à trouver des informateurs concernant les
concerts. J'écrivis donc à quelques personnes dont j'avais eu les
coordonnées en 1980 pour leur demander si cette idée d'entraide pour
mutualiser l'information les intéressait. La dizaine de lettres ainsi
envoyées généra quatre
réponses. Mais il fallait bien sûr élargir rapidement ce cercle trop
restreint. Cette ouverture au "public" exigeait de pouvoir être
crédibles même si la démarche était -et reste- tout à fait modeste et
sans autre ambition que d'être un cercle d'amis animé par des passionnés
bénévoles pour d'autres passionnés.
Il apparut que la meilleure solution consistait à obtenir une
reconnaissance ofcielle de Hansi lui-même. Nous ne savions bien sûr
absolument pas comment procéder, qui contacter, etc. Lors d'une première
réunion tenue dans le Nord le lundi 19 décembre
1983, il fut décidé de "monter" à Hambourg. Rien que ça! Côté
kilométrage, on commençait fort. Cette louable mais déraisonnable
intention devint inutile quand on apprit peu après qu'Hansi allait venir
en Belgique dans le cadre d'une tournée. Tiens, en passant, ça commençait
à porter ses fruits notre petit groupe puisque nous avions pu avoir
connaissance de cette information qui, autrement, aurait échappé à la
plupart d'entre nous.
Rendez-vous
C'est ainsi que nous primes pour la première fois la direction de Gand,
plus précisemment Deinze. Et là re-choc tout d'abord quand j'abordai
Hansi à la descente de son bus pour lui exposer notre projet de création
de Club et qu'après m'avoir écouté il nous invita à
assister à la répétition. Quelle émotion d'être là au pied de la scène
tout près de ces musiciens fabuleux, de l'autre côté du décor, sans
les costumes et tout ce qui créé la magie du spectacle, mais face à des
femmes et des hommes faisant leur métier avec le plus grand sérieux tout
en se prêtant très volontiers à nos demandes de fixation sur la
pellicule de nos appareils photos.
L'interprétation du célèbre "Yesterday" des Beatles qui
suivit, je ne suis pas près de l'oublier. Certes, la version disque est
parfaite. Certes, la version concert l'est tout autant. Mais là, en cette
fin d'après-midi, sans l'inévitable stress qui envahit même les plus
grands artistes, dans la décontraction de la répétition empreinte malgré
tout d'un grand sérieux, le tout rythmé de palpitations x cardiaques à
la limite de l'inquiétant du fait de l'émotion, jamais il ne m'avait été
donné, d'entendre cet air joué avec autant de
sensibilité, de sensualité. Le concert qui suivit fut pour nous tout
aussi magique et nous en retrouvâmes avec grand plaisir le contenu exact
deux soirs de suite la semaine suivante à Strasbourg, Hansi nous ayant
proposé de venir le voir là-bas pour prendre le temps de
discuter avec nous de notre projet de Club.
Nous avions bien sûr accepté sans même nous préoccuper de savoir si
nos obligations professionnelles ou personnelles nous en laisseraient le
loisir. J'eus juste le temps d'imprimer les 2.000 exemplaires du magazine
n°0 destinés à être distribués là-bas. Un
saut par chez Polydor où il me fut confirmé que le responsable du
marketing international allait me rejoindre pour appuyer notre démarche
et hop, me voilà reparti pour un bon paquet de kilomètres.
Là encore, on ne se déplacera pas pour rien puisque, outre le plaisir
d'assister à deux concerts, histoire de rattraper les frustrations passées,
nous allons vivre des minutes historiques.
C'est ainsi que le vendredi 13 avril 1984, à 20 heures, notre passion,
notre enthousiasme l'emportèrent et nous permirent d'obtenir
l'autorisation officielle de créer un club en France. Nous saurons par la
suite que cette réussite est d'autant plus méritoire que Hansi, par
modestie, est presque gêné de voir que son public l'aime au point de le
lui montrer ainsi et que, par ailleurs, son agent veille scrupuleusement
sur ses intérêts, ce qui est somme toute logique. En ce sens, accorder
confiance à des inconnus était loin d'être évident. Depuis, nous nous
sommes bien sûr attachés à démontrer inlassablement qu'on avait eu
raison de nous croire.
A Strasbourg cette année là, la tournée européenne prenait fin. Pour
nous, tout commençait concrètement. Il est sûr que ces deux soirs-là,
nous n'avons pas entendu la musique de la même oreille. Son caractère
"happy" en était plus que jamais renforcé du fait des
fantastiques perspectives qui s'ouvraient à nous. Aussi nest-ce pas sans
une certaine nostalgie que toutes ces mélodies nous trottent aujourd'hui
encore dans la tête.
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